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Interview de Bruno Perras, retour sur un vainqueur de la Targa d'Oro
le 30-03-2021
par Anne-pascale Delisle
Annulée en 2020 et reportée en 2021, la 68ème édition de la Targa d'Oro Alassio espère désormais se tenir les 09 et 10 octobre 2021. Le tournoi serait alors le prélude à une autre organisation d'envergure : le Mondial Féminin, qui pourrait être programmé du mardi 12 au dimanche 17 octobre 2021.
La compétition se tiendrait également dans la cité ligurienne. Les circonstances sanitaires actuelles imposent le conditionnel dans les propos. Mais les organisateurs espèrent un retour à la normale, qui permettrait aux spectateurs de venir en nombre dans le "Palaravizza" pour assister à deux spectacles exceptionnels.

Après avoir donné la parole aux joueurs italiens de légende, le site officiel de la compétition donne la parole aux protagonistes français. Ils sont plus d'une dizaine de joueurs français et deux joueurs étrangers ayant évolué en France, à avoir inscrit leur nom au palmarès de la prestigieuse compétition. Ils seront à l'honneur sur boccealassio.it, pour des entretiens bimensuels, publiés tous les quinze jours. De Robert Sorabella, président des Résolus Bois Roulant, premier club français à avoir emporté la Targa d'Oro, à Xavier Challamel, capitaine de Rumilly, dernier vainqueur en date du tournoi international, vous retrouverez de grands noms du Sport Boules français.
Ces interviews seront également publiées sur le site fédéral.
Ce compte à rebours vous accompagnera jusqu'au début du mois d'octobre avec d'ici là, on l'espère, un retour à la normale pour les boules.


C'est le premier joueur français du XXIe siècle à avoir gagné à Alassio. Le second avec des partenaires italiens, après Bernard Cheviet. Et donc le sixième joueur français à avoir emporté la Targa d'Oro Alassio. Après avoir mené de belles oppositions avec les joueurs italiens, Bruno Perras a joué pendant quelques années à leurs côtés. Il confie ses souvenirs de cette période, marquée par une victoire en 2006 dans la Targa d'Oro de Alassio. Une fierté pour cette autre légende du Sport Boules français.


Bruno Perras à l'occasion du Targa d'Oro 2019

Les boules et l'Italie, cela a démarré comment ?

L'Italie a démarré pour moi fin 2004, début 2005, au club de Cirié, dans la banlieue de Turin. Chez messieurs Caudera et Ferrero qui étaient les deux sponsors du club. J'y étais avec Joseph Sbalchiero et Patrick Alcaraz, les deux autres français. Nous avions une équipe de rêve, avec de très grands joueurs italiens : Mario Suini, Lino Bruzzone, Luca Scassa, Fabrizio Deregibus ... La première année, nous avions tout gagné : champion d'Italie, vainqueur de la Coupe d'Italie et gagné la Coupe d'Europe. C'était une année formidable pour notre première saison en Italie, la transition s'était très bien faite.

L'Italie, c'est une culture bouliste à part : je me souviens des boulodromes pleins le soir après manger ou encore des bouchons les jours de match : des files de un à deux kilomètres. C'était les gens qui se rendaient au boulodrome. Il nous est arrivé d'être pris dans les embouteillages, à ne pas pouvoir se rendre en avance sur les jeux. Le public était incroyable, chaud bouillant. Il fallait pouvoir trouver une place. Et sur le terrain, savoir gérer cela pour être rapidement dans la partie.

Un week-end, nous disputions un concours avec Joseph Sbalchiero, Mario Suini et Luca Scassa. Nous jouions la partie du soir, au stade des quarts de finale. Ils devaient rester cinq minutes de jeu. L'arbitre entre sur le terrain et donne un coup de pied dans le but. Il signale l'arrêt de la compétition car le pape venait de décéder. Tout s'était arrêté, boules, foot, ... Il avait fallu revenir en semaine pour finir la compétition ! C'est aussi cela, l'Italie.

Bruno Perras avec le maillot de l'équipe nationale

La Targa d'Oro Alassio, tu as connu comment ?

Je l'ai découvert en jouant en Italie. Je ne connaissais pas ce concours. J'ai participé à trois reprises. C'est une compétition impressionnante car on joue sur plusieurs sites, pour se retrouver au même endroit le lendemain en cas de victoire. A cette époque, on ne jouait pas dans le Palais des Sports mais au boulodrome d'Alassio. C'était très chaleureux : il y avait les jeux extérieurs et tous les gens étaient assis à différents niveaux. Les places étaient chères, les gens se mettaient parfois dans les arbres pour regarder une grosse partie.

Ta première participation ? Quel souvenir ?

J'en garde un bon souvenir malgré une défaite le dimanche matin. Le souvenir que c'était un concours très difficile à traverser. Il n'y avait pas une partie gratuite. Il fallait être bon tout le temps.

Ferrero vainqueur de la Coupe d'Europe 2005 (photo bocceninvolo.it)

Tu as emporté la victoire en 2006 ?

Oui, on avait joué à cinq avec Joseph Sbalchiero, Mario Suini, Lino Bruzzone et Carlo Ballabene. A cette époque, dans une composition à cinq joueurs, celui qui sortait ne pouvait plus revenir dans l'équipe de toute la compétition. Joseph avait joué, était sorti : il n'a pas pu rejouer du tournoi.

Nous avions débuté le concours dans une commune aux alentours, avant de rejoindre Alassio. La finale s'était jouée après manger et avait fini très tard. Il devait être minuit ou une heure du matin. J'avais juste eu le temps de rentrer chez moi à Villefranche sur Saône, de prendre une douche et d'aller au travail le lendemain.

Cela te fait quoi aujourd'hui d'avoir gagné Alassio ?

Pour moi, c'est un des plus gros concours qui existe en Italie. Un peu comme les Tournois Boulistes de Pentecôte en France, un concours de prestige. Gagner Alassio, c'est très dur car il faut enchaîner toutes les parties. Physiquement c'est très éprouvant, le soir on est fatigué. Gagner Alassio quand on joue à quatre, c'est encore autre chose : celui qui n'est pas bien, les trois autres doivent être là pour l'emmener avec eux.

Tu es en fait le premier joueur français du XXIème siècle à avoir gagné la Targa d'Oro !

C'est vrai ! C'est une vraie fierté d'avoir emporté ce concours. Si on enlève les Niçois, vainqueurs de la première édition en 1954, être le second français après Bernard Cheviet en 1973, c'est aussi quelque chose.

Perras avec Ballabene, Suini et Sbalchiero

Ton équipe de l'époque ?

Je tirais de tête quand les jeux étaient lisses. Quand il y avait un peu de sable, Carlo Ballabene prenait le tir en premier et je passais second. C'était un choix de Mario Suini, qui aimait bien me savoir pointer quand les jeux étaient sablonneux, parce que nous en avions souvent en France. C'était notre truc à nous. Mario Suini pointait devant et Lino Bruzzone était pointeur second.

Je jouais avec des monstres de la boule, on apprend beaucoup à jouer avec eux. Des gens formidables également. Avant d'aller jouer en Italie, avec Carlo Ballabene, on était souvent en confrontation, dans les France-Italie ou lors des championnats internationaux. Cela a fait bizarre de se retrouver équipier, après s'être tiré la bourre. C'était un autre challenge.

Mario Suini, égal à lui même, pas très facile à jouer. Avec moi, cela s'est toujours très bien passé. Il parle très bien français, tout comme Lino Bruzzone aussi. Ce sont des messieurs, des professionnels de la boule dans leur approche. Quand à Joseph Sbalchiero, une personne extraordinaire qui a fait beaucoup pour que tout cela arrive. C'est une personne qui aime les boules, qui aime l'Italie.

Des souvenirs marquants autour de la Targa d'Oro lors de tes participations ?

Je suis revenu à Alassio lors de la Targa d'Oro 2019. Les organisateurs avaient imaginé un France – Italie des anciens. J'avais trouvé cela super. Cela a permis à des anciens de se retrouver, pour certains de les faire rejouer à l'international comme Raymond Jacquemin ou encore Alain Righetti. Cette confrontation a été un très bon moment. J'avais trouvé cela extraordinaire.

D'avoir rejoué à Alassio, dans le Palais des Sports, devant le public, cela a été quelque chose. Quand on se fait acclamer par le public, on se rend compte que les gens ne vous ont pas oublié. Cela fait plaisir, c'est une émotion particulière.

La légendaire Bocciofila Alassina à l'occasion d'une finale de la Targa d'oro

Un mot de conclusion pour les organisateurs et pour l'Italie ?

J'ai vu que la compétition d'avril 2020 avait été annulée. Les organisateurs espèrent la faire disputer en octobre 2021. Alassio est un concours extraordinaire. La cité d'Alassio est très bien placée et très jolie avec son bord de mer. Le Palais des Sports est un outil formidable pour pouvoir attirer du monde. Il faut se faire aux terrains qui sont particuliers avec le plancher. Sur les jeux et en dehors des jeux, il y a beaucoup de choses à faire dans ce cadre spontueux. C'est une sortie à faire, au cours de laquelle on peut amener la famille.

La Targa d'Oro a pris de l'ampleur. J'ai l'impression qu'il y a plus de quadrettes engagées qu'avant. En tout cas, en France, on connaît désormais cette compétition. Beaucoup de Français vont y jouer désormais. La compétition a transcendé la frontière.

Je souhaite aux organisateurs et aux Italiens de faire comme nous tous : se redresser après cette période pas simple. Cela dépendra des attitudes de chacun : il va falloir que les gens soient solidaires et que le civisme soit au rendez-vous. Sinon, nous ne sommes pas prêts de jouer à nouveau aux boules.

Christophe CAMPIGLIA



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